Plongée trek à Méjean

Transformer une plongée en randonnée sous-marine voila un truc qui me plaît. C’est ce que j’ai fait il y a peu de temps et j’en profite pour te raconter ça. Alors, je ne compte pas raconter toutes mes plongées sur le blog, mais de temps en temps je ferai le compte rendu de celles qui sont un peu atypiques.

AVERTISSEMENT

Pour être clair, cet article n’a pas pour but de dire ce qu’il faut faire, je raconte juste mon histoire et je ne conseille pas de faire la même chose. Cette plongée est faite hors structure, sans encadrement, son profil n’est pas sécuritaire et elle nécessite beaucoup  de décompression. Ne fais pas cette plongée si tu n’es pas entrainé et si tu la fais quand même, tout comme moi, ce sera de ta propre responsabilité.

J’aime les longues explorations sous-marines, quelle que soient la technique utilisée et la profondeur. Pour en faire, les plongées hors structure sont parfaites car c’est moi qui choisis l’heure de départ et de retour. D’ailleurs près de chez moi à Marseille, j’ai la chance d’avoir des sites de plongée accessibles du bord et la plongée dont je te parle c’est déroulée au départ de la calanque de Méjean.

Cette calanque à la particularité d’avoir deux sites de plongée régulièrement pratiqués par les plongeurs du bord : le tombant de Méjean et le tombant de la tête de chien. Je connais bien ces sites, néanmoins en consultant la map des sites de plongée à Marseille (ici), je me suis rendu compte qu’il y en avait 3 autres non loin de là : la Pomme de Pin, les yeux chats et le Pain de sucre. J’avais déjà eu l’occasion de plonger sur ces sites il y a quelques années avec un club de l’Estaque, mais je n’avais jamais fait le rapprochement avec la calanque de Méjean. Du coup il m’est rapidement venu à l’idée de tous les relier lors d’une seule plongée en partant du bord. Le trek de Méjean venait de naitre, une plongée longue comme je les aime.

Implantation des sites

Je vais te raconter cette plongée en deux parties : la planification puis la plongée en elle-même.

La planification

Alors, par où commencer? Bon la plongée se fera en recycleur, ça c’est sur étant donné la durée envisagée et la distance à parcourir. Je plongerai aussi en combinaison étanche pour rester aussi longtemps car l’eau est à 16°C. Ensuite, connaissant bien la tête de chien et le tombant de Méjean, je me suis concentré sur les trois autres sites. Grâce à aux descriptions faites sur la map en ligne (reprises ci-dessous), j’ai constaté qu’ils sont situés à la même profondeur maximale de 40 m et qu’ils remontent tous dans la zone des 15 à 20 mètres.

DESCRIPTION DES SITES, à retrouver ici

1. Tombant de Méjean – 10 à 40 mètres

L’écueil de Méjean présente un large plateau rocheux de 6 à 24 mètres de profondeur où la faune et la flore y sont abondantes : nudibranches, chromodoris, murènes. Le tombant commence à 24 mètres et descend verticalement jusqu’à 36 mètres. Ce spot de plongée est particulièrement riche en poissons grâce à sa configuration exceptionnelle, les gorgones s’épanouissent et il n’est pas rare d’apercevoir dans leurs niches des murènes ou des congres…

2. Tombant de la tête de chien – 6 à 40 mètres

Ce tombant, surplombé par une magnifique statue naturelle de labrador, commence par un canyon que vous emprunterez en vous dirigeant vers l’est qui vous fera déboucher sur la verticalité du tombant. Suivez le tombant main droite qui descend tout d’abord puis remonte progressivement. Vous y croiserez : murènes, langoustes, et poulpes bien cachés dans les anfractuosités. Revenez mains gauche par le plateau ou vous retrouverez le canyon du début. Dans un petit tunnel borgne vous verrez les rayons du soleil traverser les anfractuosités de la roche dans lesquelles se trouvent quelques poissons hachette rares dans nos régions.

3. La pomme de pin – 6 à 40 mètres

Sous cette roche qui porte bien son nom, vous découvrirez une très jolie arche sous-marine. En poursuivant, laissez la côte main gauche et vous évoluerez sur un plateau qui offre une marche vers un large tombant en direction des yeux de chat que vous pouvez visiter au cours de la même plongée. Revenez main droite sans oublier de jeter un œil dans une très large faille débouchant vers des cloches à ciel ouvert formant de très jolies piscines naturelles. En sortant de la faille jetez un coup d’œil au tunnel borgne qui remonte vers la surface où dorment quelques rascasses et cigales de méditerranée.

4. Les yeux de chat – 20 à 40 mètres

Nommé ainsi aux vues du masque de minou dessiné dans la roche à la verticale d’un énorme bloc rocheux séparé de la cote d’environ 15 m. Sous l’eau sa face intérieure descend à 38 m et vous révélera de magnifiques gorgones ou se cache quelques crustacés. Sa partie extérieure vous entraînera jusqu’à 40 m. Remontez sur le haut de la roche où il n’est pas rare de croiser des loups de bonne taille en chasse. Vous pouvez terminer par le tombant pour remonter progressivement.

5. Le pain de sucre – 15 à 40 mètres

Le mouillage offre une certaine protection par nord-ouest modéré. Descendez le long de celui-ci puis cheminez sur l’arrête du tombant en laissant la cote à main droite. En regardant à votre gauche vous ne tardez pas à apercevoir un îlot au largue éloigné à une vingtaine de mètres du tombant. La face interne se trouve à 30 mètres alors que sa face externe atteint 40 m. Passer au centre de ce rocher où vous trouverez une faille magnifiquement parée de belles gorgones bleues. Laissez le rocher dans votre dos pour revenir à la cote ou vous reviendrez main gauche vers le mouillage. Juste avant vous pouvez visiter quelque gros rochers sur votre route en finissant par un petit tour dans la première salle d’une très jolie grotte où vivent de nombreuses langoustes.

Dans cette configuration j’ai organisé ma plongée en quatre temps : l’aller jusqu’au premier site, l’exploration du fond en suivant le pied des tombants, l’exploration de surface sur le plateau rocheux et le retour dans la calanque.

Carte du trajet

Une fois le trajet dessiné sur Google Earth j’ai vu que la distance à parcourir est de 2 km. C’est là que ça pique un peu ! Et bien comme je n’ai pas de scooter je palmerai. Mais combien de temps il va me falloir pour faire deux bornes à la palme avec un recycleur sur le dos et une bouteille de secours ? Comme c’était la première fois que je comptais faire cette plongée, je n’ai pas voulu abuser sur la durée, j’ai donc planifié 3 heures. Cela me paraissait être un bon compromis par rapport à ce que j’ai l’habitude de faire. En gros ça correspond à une vitesse moyenne de 670 mètres par heure. Je me suis dit que ce n’était pas trop mal (un peu au pif quand même) pour respecter un palmage cool sans trop forcer. Néanmoins afin d’éviter la déshydratation (et ses risques vis-à-vis de la décompression) je vais embarquer avec moi une poche à eau. Mais qui dit longue plongée et hydratation importante dit forcément pipi pendant la plongée. Et comme je n’ai n’est pas de purge pipi sur ma combinaison étanche, je ne vois qu’une solution. Je vais remballer ma fierté et j’enfilerai une couche. Et oui une couche à 30 ans, no comment… Vive la plongée !

Autre question, comment m’orienter et relier les sites entre eux sans me perdre ? Je savais qu’entre le tombant de Méjean et le tombant de la tête de chien ainsi qu’au-delà il n’y avait que du sable. D’autre part, je n’avais aucune idée de la distance qui me séparait de la Pomme de Pin et des autres sites. Et je me méfiais de la précision des points GPS que j’ai récupérés car je ne les ai jamais vérifiés par moi-même.

Comme tous les sites sont des tombants alignés sur les mêmes profondeurs, je me suis dit qu’en suivant un cap et en gardant la profondeur fixe je devrais m’en sortir. Après j’improviserai en fonction de ce que je trouve. Donc encore grâce à Google Earth,  j’ai mesuré quelques caps à suivre. Puis dans tous les cas je me suis dit : « si tu te perds, tu prends cap au nord et tu vas retomber sur la côte. Ensuite tu n’auras qu’à suivre la roche main droite pour rentrer à la calanque. » Donc là aussi je ne devrais pas avoir de problèmes.

Caps à suivre

Maintenant la déco. Au départ de la calanque dans 4 à 5 mètres de fond et jusqu’au premier tombant, la profondeur augmente progressivement jusqu’à 20 m pour arriver sur un plateau situé au-dessus du tombant de Méjean, ensuite ça tombe à 35 mètres. Les autres sites sont semble-t-il dans la même configuration. Du coup en fonction du trajet que j’avais prévu de faire en 3 heures j’ai prévu ce profil théorique :

Bon je dépasse un peu les 3 heures prévues initialement mais ça va encore. Et au final ce profil me donne 46 minutes de remontée (53 sur bail out) au plus défavorable donc ça me va bien, c’est que je recherchais. En pratique je pense que la profondeur maximale sera dépassée ponctuellement dans la zone des 40 mètres et qu’une bonne partie se fera au-dessus des profondeurs plancher théoriques. Donc en moyenne je devrai retomber sur mon profil théorique. D’autre part, il me semble aussi que je pourrai écourter un peu la durée de plongée, je verrai ça le jour J.

En cas de problème sur mon recycleur lors de cette plongée il n’est pas concevable pour moi de faire surface en pleine mer, loin de mon point de départ et au milieu de la navigation des bateaux. Je veux absolument pouvoir retourner à mon point de départ. Je vais donc embarquer avec moi une bouteille de secours de taille suffisante pour me permettre rentrer au port et de faire mes paliers. Je n’en prendrai qu’une pour ne pas m’alourdir plus dans mon palmage.

La plongée

Je crois bien que j’ai dû reporter cette plongée trois ou quatre fois à cause de problèmes matériels, météo et autres flemme de me lever un dimanche matin. Mais finalement lorsqu’une bonne fenêtre météo c’est présentée j’ai foncé.

C’était le petit matin, la mer était d’huile, il n’y avait personne sur les quais, le top quoi ! Je me suis préparé une petite tablette immergeable, parfaite pour avoir tous les paramètres sous les yeux : profil, cap à suivre, etc. Après la séance traditionnelle d’enfilage de l’équipement, c’était parti !

Ce jour-là, la visibilité était bonne dans la calanque mais malheureusement sur les sites c’était plutôt trouble. En effet il y a eu du vent d’Est les jours d’avant. D’autre part, lors de mon exploration au fond j’ai dû faire face à un léger courant qui venait de l’est. Rien de fatiguant, mais juste de quoi m’embêter. Après tout, j’étais quand même un peu chargé. Pour le retour le courant allait dans mon sens, donc c’était bien.

J’ai pris quelque photo avec ma gopro pour illustrer tout ça,  c’est sans éclairage donc assez sombre au fond. De plus ce n’est pas du grand art mais on fera avec, ça t’illustrera au moins le chemin à suivre.

Clique sur les images pour agrandir et faire défiler

Comme je m’en doutais avant de partir, j’ai fait pas mal de yo-yo dans la zone de 25 à 40 mètres en explorant les tombants, ce n’est pas génial, mais je l’avais accepté avant de partir. Sur l’image ci-dessous, en noir c’est le profil réel de ma plongée et en couleur c’est des repères que je commente juste après.

Profil réel de plongée

Ce que je peux te dire sur le profil de plongée :

  1. Depuis mon point de départ, j’ai suivi le cap 172° jusqu’à environ 15 m de fond. J’étais au-dessus d’un parterre de posidonie. J’ai ensuite dévié ma route vers la droite (vers l’ouest) en restant dans la même zone de profondeur pour arriver sur le plateau situé au-dessus du tombant de Méjean. J’ai ensuite traversé ce plateau en continuant vers l’ouest.
  2. Ne voyant rien d’intéressant ce jour-là sur le plateau, je suis descendu plus tôt que prévu sur le tombant de Méjean. J’ai suivi le pied du tombant qui dans un premier temps descend jusqu’à 35 mètres puis remonte et se termine franchement dans les 25 mètres. Ensuite il n’y a que du sable sur le fond.
  3. C’est le moment où j’ai entamé la première traversée, que j’avais déjà faite avant, jusqu’au tombant de la tête de chien. J’ai maintenu une profondeur de 26 mètres en suivant un cap entre 60 et 90°. J’ai diminué un peu mon cap car à 90° j’avais tendance en redescendre en profondeur. J’ai eu la chance d’apercevoir un grondin-perlon sur le fond. C’était plutôt sympa car j’en vois rarement, malheureusement il ne voulait pas se laisser photographier.
  4. Me voilà arrivé sur le tombant de la tête de chien. Là aussi j’ai suivi le pied de tombant et encore une fois rien de sympa à voir sur le site. Mais mon rythme constant de palmage, même s’il était assez lent, ne me permettait pas de m’arrêter pour regarder dans toutes les cavités. J’ai un run-time à tenir, il faut que je file. Je préférais m’attarder sur les autres sites que je ne connaissais pas encore.
  5. Seconde traversée vers la pomme de pin, inconnue pour moi, toujours cap entre 60° et 90° en restant dans la zone des 30 mètres de fond. Bingo je tombe dessus ! Je crois que c’était la traversée entre sites la plus longue de la plongée.
  6. Je continue ma route en laissant la pomme de pin sur ma gauche pour descendre sur le tombant et suivre le pied.
  7. Troisième traversée vers les yeux de chat. Là aussi le doute s’installe en moi, est-ce que je vais trouver le site ? Même cap, même profondeur. Je zigzag un peu plus pour essayer de trouver quelque chose. Mais rien au fond, pas de relief. Puis bingo encore une fois ! Je me dis que je tiens le bon bout.
  8. Exploration des yeux de chat en deux parties. La première pointe de profondeur entre 35 et 40 mètres était en fait une petite roche isolée d’environ 2 mètres par 3. Sur le coup j’ai eu un doute, car il ne me semblait pas que le site soit si petit. Mais en continuant ma route j’ai trouvé le reste. Le tombant est plus conséquent, il descend jusqu’à 43 mètres, on y trouve des gorgones de grande taille et il y a pas mal de cavité.
  9. Dernière traversée. Pas grand-chose à dire. Même cap, même profondeur et je tombe sur le pain de  sucre. Je commence à être habitué.
  10. Là aussi le tombant est plutôt conséquent, il est en deux parties. On voit sur mon profil que j’ai fait deux pointes de profondeur. Lors de la seconde pointe, je suis arrivé au bout du tombant. A ce moment j’étais à 110 minutes de plongée et ma DTR était de 42 minutes. Il était donc temps pour moi de rentrer.
  11. Je suis remonté, cap plein nord, jusqu’à 20 mètres de fond pour ensuite faire mon exploration prés de surface et rentrer à la maison. Tout le long j’étais sur un plateau rocheux sans interruption avec plus ou moins de relief selon les endroits. J’en ai profité pour augmenter la PO2 de mon mélange de 1,3 à 1,5 bar en laissant mon ordinateur calculé sur 1,3 bar afin d’avoir un peu de sécurité sur ma décompression.
  12. Sur le retour j’ai aperçu la pomme de pin dans le bleu en direction du large. J’ai fait une traversée pour aller voir ce qu’il avait sur le dessus. Pas grand-chose au final, mais je pense que ça peut être une zone de passage de poisson (c’est là où j’avais vu passer les bonites à l’aller).
  13. J’ai fait un petit tour dans la grotte au-dessus du tombant de la tête de chien.
  14. Il s’agit du retour dans la calanque. Par sécurité vis-à-vis de l’effort et du yo-yo, j’ai fait environ 10′ de rab sur mes paliers.

Au final tout c’est passé comme prévu. Le seul bémol fut qu’il y avait une mauvaise visibilité et pas grand-chose à voir sous l’eau ce jour-là, mais il ne faut pas généraliser car il y a du potentiel sur ces sites. Pour bien prendre le temps d’explorer chaque site, je pense qu’un scooter serait bien pour gagner du temps pendant les traversées entre les sites. Sinon je referai bien cette plongée en explorant mieux la partie moins profonde. Notamment les petites grottes de la pomme de pin et du pain de sucre mentionnées dans la description des sites. En effet, je n’ai pas eu le temps de le faire cette fois-ci.

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Crédits photos : pixabay.com ; passionsubaquatique.com

Après 200 minutes de plongée, me voilà de retour au port et lorsque je fais surface l’ambiance à totalement changer. On est en plein après-midi, il y a du bruit et du monde partout sur les quais. Bref, la première chose à laquelle j’ai pensé en sortant de l’eau, c’est d’y retourner.

A bientôt !

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