Plongée professionnelle, ma formation classe 2B

Il y a quelques mois j’ai suivi une formation de plongée professionnelle. Cet article est l’occasion de me rappeler quelques souvenirs et de faire une présentation plus générale de ce milieu. Voici le sommaire :

  1. Les interventions en milieu hyperbare
  2. Préambule à ma formation
  3. Ma formation de plongeur classe 2B
  4. Le bilan

1. Les interventions en milieu hyperbare

Dans le domaine de la plongée professionnelle on ne parle pas vraiment de plongée, mais d’interventions en milieu hyperbare. Chaque travailleur doit pour exercer son activité professionnelle, être titulaire d’un certificat d’aptitude à l’hyperbarie appelée CAH. Ce certificat ne se limite pas à la plongée, car il permet de caractériser toutes les spécialités des interventions en milieu hyperbare, appelées mentions et les pressions d’évolutions des travailleurs, appelées classes.

On distingue 4 mentions :

Mention A : Travaux subaquatiques

C’est la mention des scaphandriers qui peuvent réaliser tout type de travaux tels que des opérations de construction, des travaux de soudure, utiliser des outils « lourds » comme des scies mécaniques, des marteaux piqueurs, etc. La majorité d’entre-deux interviennent dans le domaine du génie civil et du pétrole.

Un scaphandrier mention A

Mention B : Interventions subaquatiques

Il s’agit de toutes les interventions qui ne sont pas des opérations de travaux de génie civil ou maritimes. Les interventions subaquatiques sont reconnues dans les domaines :

  • Des activités physiques ou sportives.
  • De l’archéologie sous-marine et subaquatique.
  • Des arts, spectacles et médias.
  • Des cultures marines et aquaculture.
  • De la défense.
  • De la pêche et des récoltes subaquatiques.
  • Du secours et de la sécurité.
  • Des techniques, sciences et autres interventions.

Mention C : Interventions sans immersion

Il s’agit principalement du domaine médical qui peut concerner les médecins, infirmier hyperbariste, opérateur de caisson hyperbare… Cela concerne également les domaines de la défense, des secours, de la sécurité et d’autres sciences et techniques d’intervention au sec.

Mention D : Travaux sans immersion

Pour toutes les personnes qui interviennent en atmosphère sèche sous pression comme par exemple les tubistes qui travaillent dans la construction des tunnels.

Et on distingue 4 classes :

Classe 0 : pour une pression relative maximale n’excédant pas 1,200 bar (équivalent à 12 mètres de profondeur).

Classe I : pour une pression relative maximale n’excédant pas 3 bars (équivalent à 30 mètres de profondeur).

Classe II : pour une pression relative maximale n’excédant pas 5 bars (équivalent à 50 mètres de profondeur)

Classe III : pour une pression relative supérieure à 5 bars (au-delà de 50 mètres de profondeur, c’est généralement le domaine de la plongée dite à saturation).

Pour la petite histoire, une des raisons pour lesquelles les classes sont définies en pression relative, c’est que les liquides dans lesquels les travailleurs s’immergent ne sont pas forcément de l’eau pure. Par conséquent leur densité peut être supérieure à 1, comme en station d’épuration par exemple. Hum la plongée dans les égouts, je crois que tu as compris je ne te fais pas un dessin… Mais cela est aussi valable pour tenir compte des travaux en altitude.

Si tu recherche une formation, tu peux suivre ce lien qui recense les centres. Pour ma part j’ai suivi ma formation au GRASM à Marseille.

2. Préambule à ma formation

Avant toute chose, on ne débute pas une formation de plongée professionnelle du jour au lendemain. Pour cela il y a trois prérequis indispensables.

2.1. Les formations de plongées loisirs

Pour suivre une formation en mention A ou B il faut préalablement détenir des niveaux de plongées loisirs. Certains centres de formation proposent des stages de mise à niveaux si tu ne les détiens pas. Cela peut paraître évidemment mais avant de vouloir être plongeur professionnel, il faut d’abord être relativement à l’aise dans l’eau et avoir une bonne condition physique, sinon change de voie. Je ne parlerai pas des mentions C et D car elles ne concernent pas directement la plongée.

Les exigences peuvent être différentes selon les centres de formations, donc renseigne toi auprès d’eux, mais voici une synthèse générale pour te donner une idée du temps que cela prend.

Mention A Mention B
Classe 0

Il n’existe pas de formation à ma connaissance.

Niveau 2 de plongée sportive au minimum pour entrer en formation. Sinon il faudra prévoir des stages complémentaires.

Classe I
  • Si ta formation de plongée sportive est inférieure au niveau 4, tu devras suivre avant d’entrer en formation scaphandrier un stage complémentaire allant de 1 semaine pour un niveau 3 à 9 semaines pour un débutant.
  • Si ta formation de plongée sportive est supérieure ou égale au niveau 4 tu accéderas directement à la formation à la formation scaphandrier.

La formation classe I A dure environ 1 mois.

  • Si ta formation de plongée sportive est inférieure au niveau 4, tu devras suivre avant d’entrer en formation scaphandrier un stage complémentaire allant de 1 semaine pour un niveau 3 à 5 semaines pour un débutant.
  • Si ta formation de plongée sportive est supérieure ou égale au niveau 4 tu accéderas directement à la formation scaphandrier.

La formation classe I B dure environ une semaine.

Classe II Tu dois détenir la classe I A pour entrer en formation. La formation classe II A dure environ 1 mois.

Les centres proposent généralement une formation continue si tu souhaites acquérir les classes I & II en même temps.

Tu dois détenir la classe I B pour entrer en formation. La formation classe II B dure environ 1 semaine.

Les centres proposent généralement une formation continue si tu souhaites acquérir les classes I & II en même temps.

Classe III Il faut être préalablement certifié classe II et justifier de 50 heures de travail avant de pouvoir accéder à la formation de classe III.

La formation de classe III dure environ 3/4 semaines.

Dans mon cas, je suis niveau 3 désirant obtenir le CAH classe II mention B. J’ai donc suivi une formation de 3 semaines qui comprend le stage complémentaire d’une semaine et les deux semaines pour les classes I & II.

2.2. Les examens médicaux

Dans mon dossier d’inscription à la formation il y avait un certificat médical d’aptitude à l’hyperbarie à remplir par un médecin de la plongée. J’ai donc pris un rendez-vous avec mon médecin comme j’avais l’habitude de le faire une fois par an pour mon certificat de plongée loisirs et là, surprise !

Une simple consultation n’a pas suffi. Pour mon certificat médical d’aptitude à l’hyperbarie mon médecin m’a prescrit six examens médicaux :

  • Une prise de sang avec analyse,
  • Une radio des poumons,
  • Une exploration fonctionnelle respiratoire (EFR),
  • Un audiogramme,
  • Une tympanométrie,
  • Un test à l’effort,
  • Plus la mise à jour de mes vaccins.

Et encore, compte tenu de mon âge il m’a épargné la radio des épaules. Merci docteur! Sachant que ces examens se font chez des médecins spécialistes qui ont souvent des carnets de rendez-vous rempli à long terme, je te conseille de t’y prendre à l’avance. Ne fais pas comme moi, je m’y suis pris une semaine à l’avance et j’ai couru partout dans Marseille pour trouver des médecins libres. Horrible, car sans le certificat médical il n’y a pas de formation possible. Que ce soit pour la mention A ou B les examens médicaux sont les mêmes.

2.3. Le PSE1

Qu’est-ce que c’est ? Ça veut dire Premiers Secours en Equipe de niveau 1. C’est un diplôme de secourisme qui est obligatoire pour obtenir un certificat d’aptitude à l’hyperbarie.

On y apprend à faire les gestes qui sauvent, donner les premiers soins, utiliser du matériel de secours professionnels (colliers cervicaux, oxygénothérapie, pansement compressif, massage cardiaque…), améliorer la prise en charge de la victime, etc. La formation initiale dure 35 heures et chaque année tu devras passer un recyclage sur une journée (6 heures). Si tu loupes un recyclage annuel tu devras refaire toute la formation initiale. Donc prend toi à l’avance pour t’inscrire à une session et là aussi que ce soit pour la mention A ou B le PSE1 est demandé.

Personnellement cela faisait un moment que je voulais me former au secourisme pour la plongée et la vie de tous les jours, donc ce fut la parfaite occasion de le faire. Et franchement ça vaut le coup, car en 35 heures la formation rentre vraiment dans le détail et on va bien au-delà de la simple alerte au pompier ou de la PLS.

3. Ma formation de plongeur classe 2B

Le GRASM

Ma formation s’est déroulée au GRASM qui veut dire groupe de recherche archéologique sous-marine. Je connais ce centre car je vais régulièrement gonfler mes blocs en oxygène et en hélium. Sa situation est très agréable et l’ambiance familiale sympathique, j’ai donc voulu y faire ma formation. Katia, la gérante du centre, se souviendra longtemps de ma candidature car mon dossier d’inscription fut lourd administrativement pour diverses raisons, mais au final comme pour les examens médicaux c’est passé de justesse.

En quoi consiste le CAH classe II mention B? En résumé je dirais qu’il s’agit de savoir organiser en équipe et en sécurité la réalisation d’une mission, dans les limites de la mention B, en plongeant à l’air jusqu’à 50 mètres. On pourra si nécessaire faire les paliers à l’oxygène pur. Oublie le loisir, on est dans un cadre professionnel avec des objectifs définis qui doivent être atteints. On doit faire le travail pour lequel on est payé et c’est tout.

Le quai du GRASM

Je me suis retrouvé en formation avec deux autres énergumènes, car le travail d’équipe c’est quand même mieux à plusieurs. Il y avait Pauline de Paris (désolée mais personne n’est parfait) et Samuel de Nice. Parmi le staff, Julien le formateur du centre c’est chargé de l’encadrement des plongées et des cours théoriques. Il était relayé par Serge, le président du centre, pour les gonflages et la partie sur le caisson hyperbare. Si l’un ou l’une d’entre vous passe par là je te salue, car on s’est bien marré !

Les journées étaient rythmées le matin par les plongées et l’après-midi par les cours théoriques ainsi que la préparation des missions du lendemain. On ne chômait pas entre :

  • Faire le briefing.
  • Préparer le bateau.
  • Charger le matériel pour la mission.
  • S’équiper.
  • Aller sur le site effectuer la mission et la plongée.
  • Rentrer au port, ranger le matériel, regonfler les bouteilles.
  • Manger ! Le plus important. 😉
  • Suivre le cours théorique, pendant la digestion et sans s’endormir.
  • Planifier et organiser la mission du lendemain.
  • Préparer le matériel pour la mission.
  • Et biensûr, prendre l’apéro.

L’encadrement de la formation n’avait rien à voir avec ce que j’ai rencontré en loisir. Nous étions en complète autonomie avec nos objectifs de missions et on devait tout organiser de A à Z. Julien n’intervenait principalement qu’en cas de dérive de notre part sur la sécurité pour nous recadrer. Et si notre boulot était mal fait, on débriefait pour faire le bilan et rectifier le tir. En gros c’était comme au travail dans la vraie vie.

Comment on s’organisait? Nos interventions étaient cadrées par la réglementation du travail qui impose que les équipes d’intervention soient au minimum composées de 3 personnes se répartissant les fonctions suivantes :

  • Un opérateur, c’est lui qui réalise les tâches sous l’eau.
  • Un aide-opérateur chargé de l’environnement de travail de l’opérateur.
  • Un opérateur de secours chargé, en cas de situation anormale de travail, de prêter assistance à l’opérateur intervenant en milieu hyperbare.
  • Un surveillant de surface.
  • Un chef d’opération hyperbare chargé de s’assurer de la mise en œuvre des mesures de prévention des risques sur le site et de la coordination de l’équipe.

A tour de rôle nous occupions chaque jour une fonction différente tout en conservant un esprit d’équipe soudé pour le bien de la mission.

Les missions

Les sujets variés nous obligés constamment à nous adapter au site de plongée (profondeur, profil, décompression, environnement, etc), à la météo du jour d’intervention et aux tâches à effectuer pour réaliser la mission comme si nous étions employés pour cela.

Une des clefs de la réussite de nos missions fut la coordination et la précision. Toutes nos actions étaient décomposées en taches élémentaires précises comme par exemple :

  • Comment on charge le matériel sur le bateau, comment on le met en place sur site et qui le met en place.
  • Dans quel ordre on s’immerge et on rejoint le fond.
  • Une fois arrivés au fond, comment on se place, qui utilise les outils de coupe ou de mesure, qui note les mesures, qui lance les parachutes de relevage, etc.
  • Comment on se déplace lors d’une recherche et dans quelle direction.
  • Comment on communique avec la surface et comment on rejoint la ligne de déco.
  • Etc.

Clique sur les images pour agrandir et faire défiler

En procédant de cette façon on a par exemple effectué, des recherches et des mesures d’épaves, des relevages de corps mort ou de filet abandonnés, des comptages d’espèces, de la photogrammétrie d’épave en assistant la société Comex sur une intervention, etc. Bref que des trucs cools ! C’est dommage qu’on ait très peu de photos de nos interventions sous l’eau mais comme nous travaillions, on n’avait pas le temps pour ça.

Les cours et travaux pratiques

En matière de théorie sur la plongée, ce fut du niveau de ce qui est enseigné au niveau 3 et au nitrox confirmé sur les ADD, la physiologie, l’intoxication des gaz, etc. Les procédures de décompression sont menés obligatoirement, en plongée professionnelle, aux tables du ministère du travail qui s’utilisent comme celle de la plongée loisirs, sauf qu’elles intègrent entre autres la possibilité de planifier des plongées multi niveaux. Et bien évidemment on a parcouru la réglementation du travail car le code du sport ne s’applique pas en plongée professionnelle. Je t’avoue que ce fut la partie la moins amusante…

On a aussi eu droit à quelques cours de spécificité plus originaux sur la photo sous-marine, le caisson hyperbare et la station de gonflage. C’était plus sympa. On a également suivi une intervention du dirigeant de la société SEA pour nous présenter le métier de scaphandrier mention A.

4. Le bilan

En ce qui me concerne je plonge relativement souvent en apnée, bouteille et recycleur. Donc dans le cadre de cette formation je n’ai pas vraiment appris grand-chose sur la plongée elle-même et ce n’était pas mon objectif, je m’y attendais.

Par contre là où j’ai appris des choses c’est sur ce qui gravite autour, comme l’organisation complète de la plongée avec la préparation du matériel de mission, la notion de mission à accomplir lors de la plongée, la gestion du bateau, la coordination des plongeurs, etc. C’est sur ces points que la formation se démarque de la plongée loisirs et c’est ce qui la rend très intéressante. Je parle en tant que niveau 3, bien évidemment un moniteur de plongée à déjà l’habitue de traiter ces points là.

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Crédits photos : pixabay.com

Depuis ma formation, je n’ai pas vraiment cherché de travail dans ce domaine car je suis occupé à autre chose. Néanmoins sans rien faire j’ai eu grâce à des connaissances deux propositions de missions courtes, une pour assister un tournage de film et une autre pour réaliser une inspection subaquatique. Même si j’ai décliné ces offres, c’est toujours sympa de se voir proposer du travail sans n’avoir rien demandé, mais il ne faut pas s’enflammer. Je vais te donner l’avis que je me suis forgé au fil des discussions avec les gens du métier, il n’engage que moi.

Un retour de mission comme on les aime

En effet si  le milieu de la plongée professionnelle t’intéresse, je dirais que la mention B seule n’est pas un moyen sûr pour trouver du travail en continu. Il faut plutôt la voir comme un complément à ton activité principale (cameraman, biologiste, etc). La mention A permet sans aucun doute d’avoir plus d’opportunité, si ce travail te convient. Dans tous les cas un employeur ne recherchera quasiment jamais un plongeur seul. Il voudra un plongeur avec des compétences spécifiques  en soudure, maçonnerie, topographie, ingénierie, inspection d’ouvrage, etc. La plongée seule ne sert presque à rien dans ce milieu professionnel. Pour plus d’info, voici un article sur le sujet (même s’il date un peu) : clique ici.

A bientôt !

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