Le CESTMed, l’hôpital des tortues marines

Il est admis dans la croyance populaire que certaines espèces sont inféodées à des lieux de la planète très éloignés de chez nous. Cependant quand on regarde un peu mieux autour de soi on peut avoir de belles surprises. Et quand on parle de la présence de requins, de tortues, de baleines, de dauphins et d’autres près des côtes de France métropole, la plupart des gens sont souvent étonnés. Alors qu’en réalité c’est plutôt leur absence qui est étonnante…

Je ne te cache pas ma surprise quand j’ai appris l’existence d’un centre de soins pour les tortues marines situé chez moi dans l’Hérault à la Grande-Motte et au Grau-du-Roi. Cela voudrait donc dire qu’il y a des tortues en méditerranée. Bizarre, ça doit être des animaux d’aquarium. Comment ça non, ce sont des tortues sauvages !

Intrigués par cela nous sommes partis à la rencontre de l’équipe du CESTMEd, Centre d’Etudes et de Soins des Tortues en Méditerranée, afin d’éclaircir ce mystère.

Les tortues marines en méditerranée et ailleurs

Avant d’aller à la rencontre du centre de soins faisons le point sur les tortues marines.

Leur évolution, de la terre à la mer

Les premières tortues sont apparues sur terre il y a plus 220 millions d’années, elles côtoyaient les dinosaures. Certaines se sont ensuite adaptées à la vie marine et aujourd’hui on dénombre 7 espèces de tortues marine dans le monde.

Au cours de l’évolution il y eut trois changements morphologiques majeurs chez les tortues, les transformant ainsi d’animaux terrestres à animaux marins :

  • La carapace s’est allongée, allégée et assouplie.
  • Les pattes se sont transformé en nageoire.
  • Les espaces au niveau du cou et de pattes ont disparu améliorant l’hydrodynamisme.

Les tortues marines ont cependant gardé des traces de leur passé terrestre car elles pondent toujours leurs œufs sur terre et respirent encore l’air atmosphérique. Elles sont d’ailleurs capables de réaliser des apnées de 30 minutes en activité et jusqu’à 7 heures pendant leur sommeil.

Les espèces de tortues marines

Les 7 espèces de tortues marines sont réparties dans les zones chaudes ou tempérées.

  • Tortue Luth
  • Tortues Caouannes
  • Tortues Vertes
  • Tortues à Ecailles ou Imbriquée
  • Tortues de Kemp
  • Tortues Olivâtres
  • Tortues à Dos Plat

En méditerranée on retrouve communément les trois espèces suivantes.

La tortue Caouanne, Caretta caretta – taille : 90 à 100 cm – poids : 60 à 100 kg – régime : omnivore.

La tortue Verte, Chelonia mydas – taille : 100 à 125 cm – poids : 130 à 250 kg – régime : herbivore

La tortue Luth, Dermchelys coriacea – taille : 160 cm – poids : 300 à 400 kg – régime : méduse

Depuis sa création en 2002 le CESTMEd a accueilli plus de 250 tortues marines dont la plupart été des Caouanne à l’exception de 3 tortues verte et d’une tortue de Kemp. Une tortue Luth a également été retrouvée morte sur les plages de Camargue pendant l’été 2016.

Comment les tortues se retrouvent à l’hôpital ?

Les tortues marines sont menacées d’extinction, c’est un fait qui s’aggrave de jour en jour. Dans cette situation l’existence d’un (et même plusieurs) centre de soins n’est plus une éventualité mais une nécessité pour préserver l’espèce. C’est là qu’entre en jeu le CESTMed !

Depuis sa création l’association s’efforce d’entretenir un réseau local avec les acteurs de la mer et les pêcheurs en particulier afin de pouvoir recueillir au plus vite les tortues blessées. Un réseau plus large existe via le RTMMF, dont le CESTMed fait également partie. Les membres de ce réseau sont répartis sur tout le littoral pour intervenir en cas d’échouage ou de capture accidentelle et rapatrier les animaux blessés vers le centre de soins.

Au fur et à mesure des sauvetages le CESTMed a constaté trois causes principales de blessure chez les tortues qui sont recueillies.

Collision avec les bateaux

Chaque fois que les tortues font surface pour respirer elles s’exposent à un risque de collision notamment dans les zones à fort trafic maritime. Malgré leur carapace protectrice on comprend facilement les dégâts que peuvent engendrer les hélices des bateaux, en voici quelques exemples.

Malgré la gravité de leurs blessures ces tortues ont pu grâce à l’intervention des membres du CESTMed retrouver la liberté.

Capture accidentelle par les engins de pêche

Les tortues sont parfois capturées dans les filets de pêche, chaluts et palangrier. Ainsi emprisonnées sous l’eau elles ne peuvent malheureusement plus aller respirer à la surface et risque de mourir noyée. Plutôt paradoxal pour un animal marin…

Les relations de proximité entretenue avec les pêcheurs permettent chaque année de sauver plusieurs tortues marines en facilitant les interventions du CESTMed.

Victimes de la pollution

Comme la plupart des espèces, les tortues sont aussi victimes de la pollution. Il est fréquemment constaté par l’équipe du CESTMed que les tortues recueillies ont ingéré des déchets de plastique et parfois en grande quantité. Le plastique ainsi ingéré occulte le système digestif, crée des infections et peut causer la mort de l’animal.

Donc si vous rencontrez une tortue blessée ou échouée vous pouvez contacter le CESTMed au 06 24 47 51 55 ou le RTMMF au 06 64 79 54 23. De même si vous connaissez des pêcheurs n’hésitez pas à leur transmettre ces numéros au cas où ils captureraient une tortue.

Le quotidien du CESTMed

Le jour de notre visite au centre de soins du Grau-du-Roi il y avait 4 pensionnaires dans les bassins, toutes des tortues Caouanne. C’était donc plutôt calme, car il est déjà arrivé que le centre accueille une vingtaine de tortues à la fois. Je tiens à préciser que l’article date de novembre 2016 (et oui j’ai tardé à le publier).

Nous avons donc rencontré une victime de collision avec un bateau, qui fut blessé à la tête. Aujourd’hui les soins administrés ont permis de résorber la plaie.

Une pensionnaire provenant du centre Marinland qui fut accueilli temporairement dans les aquariums du Seaquarium au Grau-du-Roi. Elle rejoindra prochainement Marinland.

Une tortue présentant une infection pulmonaire causant l’épaississement des tissus et la flottaison de l’animal qui par conséquent reste bloqué en surface. Depuis son arrivée au centre son état s’est amélioré mais ce n’est pas encore suffisant pour qu’elle retrouve la maitrise de sa flottabilité.

La dernière tortue présentait un déficit de globule blanc (baisse du système immunitaire). D’ailleurs on a pu constater que son état de forme n’était pas au plus haut. Elle restait immobile dans son bassin et ne bougeait que pour respirer. Le CESTMed garde espoir que son état s’améliore.

En attendant leur guérison totale et le retour des beaux jours, les pensionnaires resteront encore tout l’hiver au CESTMed. Les lâchers de tortues sont généralement organisés de Mars à Octobre. Mais ce qui est sur c’est qu’elles sont bien partie pour retrouver la liberté en pleine forme.

Pour cela les membres de l’équipe, employés et bénévoles, doivent chaque jour se hâter à nourrir les tortues (ci-contre), changer l’eau de leur bassin et prodiguer les soins. Quand ils ne sont pas sur les routes pour aller secourir de nouveaux pensionnaires. Le centre administre des soins allant de la simple « bobologie » jusqu’à des soins plus poussés. Comme par exemple le traitement par champ électromagnétique pour permettre une meilleure absorption des médicaments. Des scanners sont également utilisés pour établir des diagnostics sur les tortues blessées ou suivre leur guérison. L’équipe suit quotidiennement l’évolution des blessures de leurs pensionnaires.

Clique sur les images pour agrandir et faire défiler

Le CESTMed fait également parti d’un réseau (autre que le RTMMF) regroupant les différents centres de soins à La Rochelle, La Réunion, La Guadeloupe, Tahiti : le Groupe Tortues Marine France. Les centres peuvent ainsi échanger sur les pathologies rencontrées, les soins à administrer et partager le retour d’expérience de chacun.

Grâce aux efforts des membres de l’association la quasi-totalité des animaux qui arrivent en vie au centre survivent et sont relâchés en mer. En 2016 le centre a accueilli un peu plus de 60 tortues dont la grande majorité a rejoint la mer après quelques jours. Pour les autres la durée de leur séjour pourra s’étaler sur plusieurs mois voir années selon la gravité des blessures.

Observer les tortues en réadaptation

Afin de maximiser les chances de survie des tortues, le CESTMEd à mis en place un centre de réhabilitation semi-sauvage à proximité d’une une zone Natura 2000. En effet même guérie les tortues sont affaiblies après leur période d’immobilisation dans les bassins. Pour ce faire, une partie des étangs de la Grande Motte (200 m de long par 30 m de large) est réservé à la ré-acclimatation des tortues à la vie sauvage. Elles y retrouveront leur instinct et ré-apprendrons à se nourrir par elles-mêmes tout en restant sous la surveillance de leurs bienfaiteurs. La dernière étape du travail des soigneurs consistera alors à relâcher les tortues au large des côtes, en espérant qu’elles n’auront plus de souci.

Une promenade a été aménagée le long du centre de réhabilitation, donc si vous passez dans les parages ouvrez l’œil car vous pourrez éventuellement y faire de belles rencontre.

Etudes scientifiques des tortues

Le CESTMed ne se limite pas à recueillir et soigner des tortues marines, il intervient également dans plusieurs études scientifiques les concernant. En voici quelques exemples.

Des suivis GPS sont effectués sur certaines tortues relâchées en utilisant des balises Argos (voir la carte). L’objectif de cette étude est de recueillir des données sur les habitats des tortues et sur leur route migratoire en Méditerranée. Des prélèvements de tissus sont également fait sur les animaux du centre afin de caractériser les différentes populations génétiques.

Dans le cadre des directives européennes, le CESTMed travaille avec l’université de Sienne en Italie. Ils étudient l’impact des déchets sur la tortue qui est vu comme une espèce bio-indicatrice de l’état de santé du milieu marin. Les protocoles mis en place en 2015 et 2016 ont permis d’évaluer que la quantité moyenne de déchets ingérés est de 12 grammes de plastique par tortue. Pas top comme régime alimentaire…

Il y a deux ans, des scientifiques de l’université de Washington sont venu faire des tests au centre dans le cadre d’une étude qui vise à dresser des chiens pour la recherche de nids de tortue. D’ailleurs on en retrouve parfois en France (voir l’article du CESTMed).

Comment soutenir l’association

Le CESTMed est une association loi 1901 créé en 2002 composée aujourd’hui de 3 employés et de nombreux bénévoles. Il s’organise en 3 pôles :

  • Le centre de soins et de réhabilitation,
  • Un pole scientifique chargé de mener des études scientifiques,
  • Un pole pédagogique qui a pour but de sensibiliser le public à la cause des tortues marines.

Tu peux soutenir les actions du CESTMEd en faisant un don du montant minimal de 15 euros sur leur site ou par l’envoi d’un chèque. Tu deveindras ainsi membre de l’association pour un an. Tu pourras aussi intervenir comme bénévole dans le centre, en fonction des besoins, en t’occupant des tortues.

Tu peux suivre l’association sur les réseaux sociaux, sur leur site (cliquez ici) et à adhérer à leur newsletter. Pour plus de renseignements tu peux visiter le site et les contacter via le formulaire de contact. N’hésites pas car ils recherchent régulièrement des bénévoles pour les aider.

Et voici le CESTMed en images :

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Source : cestmed.org et Youtube sur la chaine du CESTMed – Crédit photo : passionsubaquatique.com ;  wikipedia.org ; cestmed.org ; pixabay.com

Remerciements

Je tiens à remercier l’équipe du CESTMEd et plus particulièrement Coralie et Jean-Baptiste de nous avoir reçu et pris le temps de répondre à bon nombre de mes questions.

Merci aussi à mon pote Nico d’avoir fait le photographe.

A bientôt !

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